La géographie : émergence d’un champ scientifique en France, Prusse et Grande-Bretagne (1780-1860) Laura Péaud

Résumé

Cet ouvrage se situe à la croisée de l'histoire, de l'histoire des sciences et de la géographie. Il interroge le moment où, entre 1780 et 1860, la géographie se structure peu à peu en champ scientifique et académique indépendant en Europe, et particulièrement en France, en Prusse et en Grande-Bretagne. Au même moment dans ces trois pays, des géographes travaillent à ce que leur champ d'étude soit enfin considéré comme une science à part entière. Ce processus de construction à la fois scientifique et disciplinaire est profondément marqué par l'héritage des Lumières et l'esprit universaliste, mais, parallèlement, il se trouve également influencé et informé par le contexte politique. Durant cette période, les savoirs géographiques sont en effet investis d'une valeur stratégique grandissante: ils jouent un rôle majeur dans les idéologies et actions politiques des États. En interrogeant conjointement les champs du politique et des savoirs géographiques, ce livre vise ainsi à mettre en évidence en quoi le processus engagé de montée en discipline des savoirs géographiques se trouve fondamentalement en tension entre, d'une part, une exigence universaliste portée à l'échelle européenne par le champ scientifique et, d'autre part, la nationalisation progressive des savoirs. Par le croisement de sources de différentes natures, par l'articulation d'une approche internaliste et externaliste, cette recherche s'inscrit dans le champ du spatial turn. Cet ouvrage est issu d’un travail universitaire de thèse, soutenue le 17 novembre 2014 à l’Université Lumière Lyon 2 sous la direction d’Isabelle Lefort, sous le titre original suivant : Du projet scientifique des Lumières aux géographies nationales. France, Prusse et Grande-Bretagne (1780-1860). Le présent ouvrage a été partiellement remanié par rapport au travail initial : la dimension méthodologique est allégée, au profit d’une plus grande fluidité de lecture ; plusieurs chapitres analysant l’objet d’étude à l’échelle individuelle ont également disparu. L’ensemble des allègements effectués ne remettent pas en cause les résultats obtenus lors de la recherche doctorale et qui sont présentés ici.

Auteur :
Péaud, Laura
Éditeur :
France, École Normale Supérieure,
Genre :
Documentaire
Langue :
français.
Description du livre original :
280 pages
ISBN :
9782847888195.
Domaine public :
Non
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Table des matières

  • Note aux lecteurs
  • Introduction
    • Sphère politique et sphère scientifique : regards croisés
      • Articuler savoirs géographiques et politique
      • Comparer et croiser trois sphères culturelles : France, Prusse et Grande-Bretagne
      • Embrasser un temps long : de 1780 à 1860
    • Problématique générale et hypothèses
    • Méthodologie et approches
      • Affirmer une géographicité
      • L’entrée par l’approche externaliste
      • L’entrée par l’histoire croisée
      • Le texte comme terrain
    • Lecture et circulation au sein de l’ouvrage
  • I. 1780-1815 : situation des savoirs géographiques
    • Introduction
    • Chapitre I. Pluralité et variété des savoirs géographiques
      • L’emprise de l’esprit universaliste et humaniste dans la science européenne
        • L’esprit encyclopédiste en Europe
        • L’importance de la géographie universelle
      • Qui produit des savoirs géographiques, où et comment ?
        • Différentes figures de géographes
        • Des géographes en réseau
        • Les lieux de la géographie européenne
      • Quelles formes prennent les savoirs géographiques ?
        • Rassembler le monde : de la collection aux livres
        • Cartographier le monde
        • L’apparition de revues : l’aventure des Annales des voyages
    • Chapitre II. Affirmations nationales et premières institutionnalisations géographiques
      • 1790-1815 : le moment des affirmations nationales
        • La nation française entre Révolution et Napoléon
        • Le sursaut national prussien
        • Le renforcement colonial : la voie britannique et française
      • Le savoir au service de la nation
        • En France, l’association entre savoir et pouvoir
        • Le savoir au service du renouveau national prussien
      • Valorisation des savoirs sur l’espace (national)
        • En France, des statistiques nationales aux ambitions coloniales
        • En Prusse, la fièvre statistique
        • En Grande-Bretagne, la cartographie comme modalité de connaissance de l’Empire
      • Une première institutionnalisation géographique
        • Les savoirs géographiques dans la sphère scolaire
        • L’apparition de la géographie dans les hauts lieux de la fabrique scientifique
  • II. 1815-1840 : la prise de pouvoir des géographes
    • II – 1815-1840 : la prise de pouvoir des géographes
    • Chapitre III. L’institutionnalisation des savoirs géographiques
      • La construction de lieux et de réseaux dédiés à l’activité géographique
        • Les sociétés de géographie : les hauts lieux des savoirs géographiques
        • Le stockage du monde : bibliothèques et cartothèques
        • Circulations, mobilités et réseaux : recréer l’idéal de la République des Lettres ?
      • Les nouveaux lieux de la géographie, des organes au service de la nation ?
        • Une proximité géographique
        • Une proximité sociale vis-à-vis du pouvoir
        • Le politique, mécènes des sociétés
        • Une proximité morale
    • Chapitre IV. Les gestes du métier de géographe
      • La professionnalisation de l’activité géographique
        • Vers une exclusivité de la pratique géographique ?
        • Une professionnalisation des gestes géographiques
      • In terrain veritas ?
        • Les sociétés de géographie, actrices de la promotion du terrain
        • Les géographes sur le terrain des concurrences nationales
      • Politisation et militarisation du géographe
        • Encadrement militaire de l’activité géographique : du côté des sociétés
        • Encadrement militaire de l’activité géographique : du côté du terrain
    • Chapitre V. Mettre géographiquement le monde en récit
      • À la recherche des fondements géographiques communs
        • Écrire l’histoire de la discipline
        • L’écriture géographique est aussi cartographique
        • Affirmer la scientificité géographique
      • Les périmètres et objets de recherche
        • Actualiser la carte (des ressources) du monde
        • La « nation », objet géographique ?
      • Question de langue : comment dire les réalités géographiques ?
        • Toponymie locale contre souveraineté nationale : traduire ou ne pas traduire ?
        • De l’intraductibilité des concepts géographiques ?
  • III. 1840-1860, les savoirs géographiques dans l’ombre du politique
    • III - 1840-1860, les savoirs géographiques dans l’ombre du politique
    • Chapitre VI. L’ambition coloniale comme horizon des savoirs géographiques ?
      • L’ambition coloniale ou la nouvelle idéologie nationale ?
        • L’enthousiasme français et britannique
        • Le décalage colonial prussien et allemand
      • Les sociétés de géographie française et britannique, relais inégaux de l’engouement colonial
        • Les colonies s’invitent dans les sociétés de géographie
        • Des soutiens variés au processus colonial
      • Écrire géographiquement l’espace colonial
        • Mesurer, recenser et cartographier l’espace colonial
        • Des périmètres nationaux de l’écriture des territoires coloniaux
        • Quelle rhétorique géographique du fait colonial ?
    • Chapitre VII. Nations et savoirs géographiques : entre collusion et distanciation
      • Un engouement géographique général
        • La géographie dans la sphère publique
        • Le développement de la géographie institutionnelle
        • Le développement de la cartographie
      • Les géographes dans la sphère du pouvoir
        • Les sociétés de géographies, organe du pouvoir ?
        • L’apparition d’une nouvelle génération de géographes
      • La nationalisation de la fabrique géographique
        • Une circulation nationalisée des informations géographiques
        • Des cartographies nationales
      • Une écriture nationalisée du monde ?
        • La nationalisation des périmètres d’objets
        • Une préoccupation nationale montante pour la France et la Prusse
        • La nationalisation de l’écriture du monde
        • Une germanisation de la terminologie géographique
  • Conclusion
  • Annexes
    • Les sociétés de géographie
      • Liste des fondations de sociétés de géographie au xixe siècle
      • Statuts des sociétés de géographie
        • Société de Paris – 1821 : Lettre de Barbié du Bocage aux membres de la Société de géographie de Paris
        • Société de Berlin – 1828 : les statuts de la Gesellschaft für Erdkunde zu Berlin
        • Société de Londres – 1830 : les buts fixés par les statuts de la Royal Geographical Society
    • Résumés biographiques des principaux géographes du corpus
      • Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778-1846), d’après H. Ferrière (2009) :
      • Georg Forster (1754-1794), d’après M. Gilli (2005) :
      • Alexander von Humboldt (1769-1859), d’après M. Gayet (2006) :
      • Edme-François Jomard (1777-1862), d’après Y. Laissus (2004) :
      • Conrad Malte-Brun (1775-1826), d’après N. Broc (1975) et A. Godlewska (1991) :
      • Edme Mentelle (1730-1816), d’après M. Heffernan (2005) :
      • Carl Ritter (1779-1859), d’après H. Beck (1979) et C. Lüdecke (2002) :
  • Bibliographie
    • Sources utilisées et citées
    • Littérature secondaire
  • Index

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